Amiral Yi Sun-sin - Héros National KoreanHero.net
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Batailles navales de l’amiral Yi Sun-sin.

Pendant la Guerre de Sept ans, Yi Sun-sin a mené vingt-trois batailles navales contre le Japon et a obtenu autant de victoires. Les batailles, engagées par l’amiral Yi, peuvent être schématisées  dans le tableau suivant :

 

Date

An/mois/jour

Lieu

Navires

coréens

Navires

japonais

Résultats

1

1592-5-7

Okpo

27

26

26 navires ennemis coulés

2

1592-5-7

Happo

27

5

 5 navires ennemis coulés

3

1592-5-8

Chokjinpo

27

13

11 navires ennemis coulés

4

1592-5-29

Sachon

26

13

13 navires ennemis coulés

5

1592-6-2

Tangpo

27

21

21 navires ennemis coulés

6

1592-6-5

Tanghangpo

51

26

26 navires ennemis coulés

 7

1592-6-7

Yulpo

51

7

7 navires ennemis coulés

8

 

1592-7-8

Hansan-do

5­6

73

47 navires ennemis coulés

12 navires ennemis capturés

9

1592-7-10

Angolpo

56

42

42 navires ennemis coulés

10

1592-8-29

Changrimpo

81

6

6 navires ennemis coulés

11

1592-9-1

Hwajungumi

81

5

5 navires ennemis coulés

12

1592-9-1

Tadaepo

81

8

8 navires ennemis coulés

13

   1592-9-1

Sopyongpo

81

9

9 navires ennemis coulés

14

   1592-9-1

Cholyong-do

81

2

2 navires ennemis coulés

15

   1592-9-1

Choryangmok

81

4

4 navires ennemis coulés

16

   1592-9-1

Pusanpo

81

470

128 navires ennemis coulés

17

1594-3-4

Jinhae

30

10

10 navires ennemis coulés

18

1594-3-5

Tanghangpo

124

50

21  navires ennemis coulés

19

1594-9-29

Changmunpo

50

117

 2 navires ennemis coulés

20

 

1997-9-16

Myongnyang

13

330

31 navires ennemis coulés

90 navires très endommagés

21

1598-7-18

Choli-do

?

100

50 navires ennemis coulés

22

 

1598-9-20

Chang-do

   211

Corée:  83

Chine: 128

?

30 navires ennemis coulés

11 navires ennemis capturés

23

1598-11-18

Noryang

146

Corée :83

Chine :63

500

450 navires ennemis coulés

        Toutes les dates sont basées sur le calendrier lunaire qui avait cours, en Corée,

       jusqu’à la fin du 19ème  siècle.

En plus de ces 23 batailles sur mer, il y eut plusieurs engagements de moindre importance, dont un assaut par la marine coréenne d’une base navale japonaise et la défense victorieuse de son propre camp contre les forces japonaises.

Cinq de ces engagements sont rapportés dans le journal de guerre et  Comptes-rendus à la Cour :

 

Date

An/mois/ jour

lieu

Navires

coréens

Navires

japonais

Résultats

1*

 

1593-2-10

~1593-3-6

Woongchon

89

40

Japon : 100 morts

2 navires coréens

 chavirés

2

1594-10-4

Changmunpo

50

?

Retraite japonaise

3

1597-8-28

Eoranjin

12

8

Retraite japonaise

4

1597-9-7

Byukpajin

12

13

Retraite japonaise

5

1598-11-13

 

Chang-do

83

Chine 63

10

Retraite japonaise

Won Kyun fut promu au rang de commandant en chef de la marine, à la place de l’amiral yi, rétrogradé comme simple soldat. Il engagea trois bataille navales qui se terminèrent, pour la flotte coréenne, par autant de sombres défaites.

 

Jour / mois/ année

     lieu

Navires coréens

Navires japonais

Résultats

 

 

 

 

 

 

1

07/07/1597

Cholyong-do

168

500

7 navires coréens

coulés et capturés

2

09/07/1597

Kadok

161

1000

27 navires coréens

coulés et capturés

3

16/07/1597

Chilchonnyang

134

1000

122 navires coréens coulés et capturés

* Le nombre de navires engagés et l’issue de chaque combat naval qui figurent sur ce tableau, proviennent des écrits de l’amiral Yi : le Journal de guerre, et Comptes-rendus à la cour, ainsi que des  Archives royales de la dynastie Chosun,  écrit officiel du gouvernement.

* Pendant la Guerre de Sept ans, la marine coréenne a subi des pertes dues aux tirs de mousquets, mais n’a pas perdu de navires. Elle perdit seulement deux navires, par la faute de leurs capitaines, alors qu’ils retournaient à leur base, après l’engagement à Woongchon. Des victoires aussi écrasantes de la marine coréenne  peuvent être attribuées d’abord à l’excellente structure de ses vaisseaux construits selon des plans et avec des matériaux conçus pour durer, mais également  à son artillerie navale d’une puissance de feu et d’une portée supérieure. Les Japonais n’armaient leurs navires que de un à trois canons, d’une puissance de feu bien inférieure, et leur armement principal, les mousquets, étaient efficace pour tuer les hommes d’équipage, mais non pas pour détruire les bateaux.

Yi adopta donc la stratégie de couler les navires en concentrant sur eux un feu nourri de boulets de canon, avant que la distance séparant sa flotte de celle de l’ennemi ne soit inférieure à 200 mètres, portée des mousquets japonais. Grâce à cette tactique de l’amiral Yi,  basée sur la supériorité des bateaux et de la puissance de leur artillerie, la marine coréenne put se prévaloir de succès jamais égalés dans l’histoire des combats navals.

* Parmi les vingt-trois batailles que l’amiral Yi a menées, la plus grande et la plus féroce fut celle de Noryang, engagement final qui lança les cent quarante-six bateaux des flottes coréennes et chinoise contre les cinq cents navires japonais qui transportaient l’armée entière dans sa retraite vers le Japon.

   Embarquant tout ce qu’il avait en vivres et en armement, Yi mit le cap sur Noriang pour accomplir son dernier devoir envers sa patrie et son peuple. Il ôta son armure et son casque  et se lança au plein cœur de la bataille, tirant des flèches et roulant lui-même  le tambour. Jamais auparavant, il n’avait, dans le feu de l’action, retiré son armure et son casque. Etait-ce là, peut-être, la décision de mettre un terme à une vie difficile et ardue, avec cette dernière victoire en mer ?  

Lorsqu’il mourut, frappé par une balle ennemie, ni son équipage ni les navires chinois ne se rendirent compte de sa mort. Ils étaient tout entiers, corps et âmes à la bataille jusqu’à son terme. Ils purent constater la victoire écrasante qui avait coulé 450 navires sur les 500 que comptait la flotte japonaise.

Ce fut la victoire la plus précieuse et la plus honorable pour la marine coréenne, gagnée au prix du sacrifice de la vie de leur amiral.

En rendant son dernier soupir, il dit : « Ne parlez à personne de ma mort ». Car il craignait que la nouvelle de sa mort ne fut dommageable à l’issue du combat.

Commandement naval de l’amiral Yi Sun-sin

Suivent quelques traits  caractéristiques  du haut commandement de la marine par l’amiral Yi  et qui furent à l’arrière plan de toutes les victoires légendaires dont il fut l’auteur.

1- Préparation minutieuse et entraînement intensif

Avant la guerre, et tout au long de celle-ci, et même pendant les trêves, l’amiral Yi  soumettait toujours ses troupes à un entraînement intensif : tir à l’arc, tir d’artillerie,  manœuvres navales ordinaires et formations de combat. Il s’attacha aussi sans relâche à la fabrication de nouvelles armes et à la construction de navires. Une année à peine après la bataille de Myongnyang qu’il engagea avec 13 navires seulement, il avait réussi à en construire 70 de plus : un rythme étonnant d’un nouveau  bateau tous les cinq jours.

2- Etude attentive  de la nature du champ de bataille et de sa disposition.

       La côte sud de la Corée, théâtre  de tant de féroces combats navals entre Coréens et Japonais, au cours de la Guerre de sept ans, est un véritable labyrinthe maritime, composé d’innombrables îles et îlots. D’autre part, les courants sont rapides et les plages  qui s’avancent loin dans la mer, offrent à chaque marée descendante et montante une apparence totalement différente. Yi étudia avec beaucoup de minutie, ces changements de courants, heure après heure, les vents et également la configuration de chaque champ potentiel de bataille. Grâce à ses recherches, il pouvait ainsi se fier à des routes sûres, chaque fois qu’il devait déplacer sa flotte de nuit  pour échapper à la vigilance de ses ennemis.

Comme le montrent à l’évidence les batailles engagées à Hansan et à Myongnyang, sa connaissance préalable du terrain lui permit de retourner à son avantage  la configuration complexe de la côte, lorsqu’il poursuivait l’ennemi ou qu’il était  lui-même pris en chasse.

3- La mise en œuvre de tactiques navales variées.

L’amiral Yi a eu recours à une large variété de tactiques navales, au cours de ses combats sur mer, mis à part la fameuse formation en aile de grue. Dans sa première bataille, à Okpo, il disposa sa flotte de front, en ligne horizontale, et s’avança droit sur l’ennemi, à pleine vitesse, ne lui laissant aucun espace pour manœuvrer  ou s’échapper et le pressant sous le feu des canons.

Dans la bataille sur mer, près de Pusan, c’est la formation en long serpent (Chang-Sa-jin, en coréen) qui fut choisie, de façon à remédier à l’énorme infériorité de la flotte coréenne : 83 navires coréens face à 480 navires japonais.  Yi adopta cette formation longue et étroite de façon à exposer le moins possible ses navires au feu de l’ennemi. La flotte coréenne sortit victorieuse de cette bataille, coulant 125 navires ennemis sans en perdre un seul.  A la bataille de Happo, la flotte de l’amiral Yi accula la flotte japonaise près d’un port encaissé, et put ainsi détruire la totalité des navires ennemis. Dans cet engagement, Yi n’eut pas besoin d’utiliser une formation spéciale, mais donna l’ordre à ses navires de fondre individuellement sur chaque navire ennemi, comme ils l’entendaient

4- Démoraliser l’ennemi et gagner la confiance de ses hommes.

Lors des combats sur mer, la marine de Yi Sun-sin soumettait l’ennemi à un 

bombardement de flèches et de boulets de canons , tout en se tenant eux-mêmes hors d’atteinte .

Cette tactique se montra particulièrement efficace  en enlevant à l’ennemi son esprit combatif et en permettant de prendre ainsi avantage sur lui. En contraste, les marins coréens se montraient d’une confiance absolue envers leur amiral, et leur moral s’affermissait d’autant qu’il les conduisait de victoire en victoire.

5- Maintenir une parfaite discipline et des principes stricts.

Les officiers négligents étaient punis à coups de gourdins, sans distinction de grande. Les soldats déserteurs étaient condamnés à mort, comme l’étaient aussi les officiers qui se laissaient corrompre et fermaient les yeux sur les désertions ainsi que les hommes coupables d’une faute et qui récidivaient.

Lors de la bataille de Myongnyang, Yi réprouva avec colère le capitaine An Wi, qui se tenait en retrait sous l’effet de la peur. L’amiral Yi menaça de le faire condamner à mort par la loi martiale s’il n’obéissait pas à ses ordres d’aller de l’avant. Grâce à ces paroles, An Wi retrouva son esprit combatif.

L’insistance de l’amiral Yi sur la stricte obéissance à la loi martiale, ainsi que sur le maintient d’une discipline sans faille eut pour effet que toute la marine coréenne, depuis le commandant en chef jusqu’au simple soldat, restait unie  et pouvait dès lors mener à bien  les formations de combat et les tactiques qui réclamaient, pour réussir, une grande  cohésion de la part de tous les membres de l’équipage.

6- Camaraderie et devoir

L’amiral de la flotte chinoise, Chen Lien, avait essayé de s’opposer au plan de Yi de détruire la flotte japonaise qui faisait retraite. Malgré cela, l’amiral Yi se porta à son secours, lorsque Chen  fut encerclé et qu’il se trouvait en danger d’être capturé par les navires ennemis à Noryang . De même, An Wi faillit à son devoir de loyauté envers son commandant en chef, lorsqu’il reculait à la vue des innombrables bateaux ennemis. Plus tard, cependant, il fut sauvé par l’amiral alors qu’il se trouvait en difficulté.

Yi resta toujours fidèle à ses principes et n’aurait jamais toléré aucune injustice  ni action irresponsable envers ses hommes.  Mais en même temps, il faisait montre d’un profond sentiment de camaraderie et d’obligation à leur égard. C’est ainsi qu’il gagna leur confiance, leur respect et leur

parfait dévouement à son service.

7- Un leadership qui triomphe des pires conditions

Pendant la Guerre de Sept ans, l’amiral Yi  s’occupa seul de l’organisation de cette guerre sous ses multiples aspects , depuis le ravitaillement, l’intendance, jusqu’au recrutement ou la construction de navires. Et cela sans recevoir aucune aide du gouvernement.  Au  cours des combats, alors qu’il se trouvait dans des situations critiques, il se tenait aux avant-postes de la flotte, afin d’insuffler à ses hommes sa vaillance et son ardeur.  Dans la situation désespérée qui précéda  la bataille de Myongnyang, alors que la flotte coréenne n’était composée que de treize bateaux pour engager le combat, Yi réussit  à galvaniser le courage de ses troupes par cette intrépide maxime : «  Celui qui s’exposera à la mort, vivra, mais celui qui cherchera à sauver sa vie, la perdra ».

Derrière chacun de ces principes  ou méthodes de commandement, se laissent deviner l’inébranlable loyauté de l’amiral Yi et son entier dévouement à sa patrie et à son peuple. Et dans son effort pour rester auprès de ses hommes, Yi eut à surmonter des épreuves et des souffrances constantes. Il demeura pourtant loyal à son pays, même après avoir été mis en prison, torturé et ignoblement rétrogradé au rang de simple soldat. C’est qu’il était profondément persuadé que rester en mer et  continuer son combat contre l’ennemi, demeurait la seule chose qu’il pouvait accomplir pour son pays.  Ce remarquable dévouement patriotique a pu être regardé comme la plus puissante et la plus importante des stratégies de l’amiral Yi Sun-sin.

Les bateaux de guerre et l’armement de la Corée et du Japon

   Pendant la Guerre de Sept ans, la marine coréenne utilisa simultanément, comme navire de guerre, le panokson et le kobukson.  La marine coréenne, pour l’essentiel, était composée de panoksons, tandis que trois ou quatre kobukson servaient de bateau d’assaut.  La flotte japonaise, elle,  utilisait surtout l’ atake, bateau de grande taille, le sekibune, de taille moyenne, et le  kabaya de plus petite taille. L’atake servait de vaisseau amiral, transportant à son bord les amiraux, tandis que le sekibune, de taille moyenne, formait l’essentiel du reste de la flotte.

   Une des caractéristiques majeures du panokson consistait en ses multiples ponts. Le personnel non combattant se tenait entre le pont principal et le pont supérieur, à l’abri des tirs de l’ennemi.  Le personnel combattant se tenait sur le pont supérieur, ce qui lui permettait d’attaquer l’ennemi à partir d’une position  plus élevée. La flotte japonaise était surtout composée de navires à pont unique, à l’exception du bateau de grande taille, l’atake. Le panokson, selon la structure traditionnelle des bateaux coréens, avait un fond plat. Cette caractéristique était commandée par la nature même des côtes coréennes soumises à des marées importantes et dont les plages s’étalent loin vers le large. Une coque plate et unie permettait au bateau de se poser confortablement sur la plage, à marée basse, après avoir accosté à marée haute. Cela donnait aussi au navire, une plus grande mobilité et un tirant d’eau moins important qui pouvait lui permettre éventuellement un changement radical de direction en un temps de réaction très court.

Le panokson qui permit à Yi Sun-sin d’adopter la formation en aile de grue, à la bataille de hansan, fut une des causes majeures des victoires de l’amiral Yi.

   Par contraste, les coques des navires japonais avaient la forme d’un V. Une telle coque, à base étroite, favorise la rapidité sur de longs parcours, car elle offre une moindre résistance à l’eau. Mais elle a aussi un grand inconvénient : la distance à parcourir pour virer de bord  est beaucoup plus grande : changer de direction prenait donc beaucoup de temps.

   Les bateaux coréens comme les bateaux japonais utilisaient des voiles et des rames.  Parmi les deux types de voiles utilisées, la voile carrée et la voile latine, la voile carrée offre de bonnes performances en vent arrière, mais elle est médiocre contre le vent. La voile latine et aurique, au contraire, est excellente même contre le vent, bien qu’elle réclame davantage d’hommes à la manœuvre.

   En Occident, les galères de la Grèce antique utilisaient la voile carrée, ainsi que les longs bateaux des Vikings. Les voiles triangulaires auriques furent utilisées plus tardivement en Méditerranée, vers la fin du Moyen-Age. Lorsque l’ère des grandes explorations commença, au XVe siècle, apparurent des navires à plusieurs mâts,  équipés des deux types de voiles. De tels navires étaient déjà en usage en Corée, dès le 8ème siècle. Les  bateaux de type panokson  et kobukson avaient deux mâts, par défaut, et leur emplacement ainsi que leur angle pouvaient facilement être modifiés de façon à ce que les voiles puissent être utilisées par n’importe quel vent, favorable ou contraire[1].

   Il est également intéressant de comparer les coques respectives des bateaux des deux pays et leur relative solidité. Le panokson avait une coque épaisse, faite d’un bois de forte densité qui donnait à la structure du navire une grande solidité. Les navires japonais étaient plus fragiles, du fait d’une densité plus faible du type de bois utilisé pour leur construction[2]. Le sekibune, en particulier, qui était le bateau le plus commun de la flotte japonaise, était construit pour être le plus léger possible, misant sur une vitesse plus grande plutôt que sur la solidité de la structure.

   Le panokson était construit en poutres et en planches plus épaisses et l’ensemble de la structure était assemblé à l’aide de chevilles de bois, d’encoches qui s’emboîtaient. Cela avait pour effet d’accroître la solidité de l’ensemble, car les chevilles de bois gonflent en absorbant l’eau. Les bateaux japonais, eux, utilisaient des clous métalliques qui rouillent au contact de l’eau et compromettent, avec le temps, la cohésion de l’ensemble.

   De la solidité de la structure dépendait le nombre de canons qui pouvaient être  installés à bord. En conséquence, chaque type de navire était adapté à différents genres de combat. Les navires japonais, de structure plus faible, ne pouvaient pas embarquer de canons à fort recul. Même le plus grand d’entre eux, l’atake, pouvait tout au plus embarquer trois canons. Les bateaux coréens, au contraire, à la coque solidement charpentée, pouvaient transporter un grand nombre de canons à longue portée. On pouvait les installer facilement sur le large pont supérieur des bateaux de type panokson, et leur angle de tir, modifiable à volonté, augmentait encore leur efficacité.

   Comme les bateaux japonais ne pouvaient transporter qu’un nombre limité de canons, leurs équipages utilisaient surtout des mousquets dont la portée variait entre cent et deux cents mètres. Les Coréens, pour leur part, emportaient à bord plusieurs sortes de canons, tels que  Ciel,  Terre, Jaune. Ils tiraient des daejons, (sorte de longues flèches épaisses, de la forme d’une fusée, et d’une portée de 500 mètres). Ils tiraient des chulwhans, coups de canon qui pouvaient parcourir la distance d’un kilomètre.  Le wangu, sorte de mortier qui projetait des pierres ou des obus d’un calibre de 20 centimètres, était aussi utilisé par la marine coréenne.

   Un autre aspect intéressant à noter à propos de l’artillerie lourde coréenne, c’est qu’elle n’avait pas été inventée pour faire face à des situations de guerre. Ces armes avaient en effet vu le jour une vingtaine d’années avant la Guerre de Sept ans. Grâce aux efforts du général Choi Mu-son, qui a avait introduit la poudre venue de Chine,  la Corée avait commencé à fabriquer cette poudre et à développer les armes qui l’utilisent. 

Les canons coréens furent utilisés, en 1380, contre une grande flotte de bateaux pirates japonais, et se montrèrent d’une grande efficacité. A titre de comparaison, la première bataille navale, en Europe, ayant eu recours aux canons, fut la bataille de Lépante (1571), quelque deux cents ans plus tard.

   Au 15ème siècle, sous le règne du roi  Sejong,, lui même un pionnier en matière de recherches scientifiques, les performances de l’artillerie lourde augmentèrent considérablement. Le roi fit installer une rangée de canons, près du palais royal, et au terme de longues mises au point et d’essais, il permit d’accroître la portée des canons de 300 mètres à 1.800 mètres. Les canons pour la marine furent ainsi mis au point à cette époque. Les canons nommés Ciel, Terre, Noir et Jaune furent plus tard utilisés par Yi Sun-sin.  Après le roi Sejong, le développement de l’artillerie se poursuivit avec constance, et on put voir l’invention du bikeokjinchonlae , sorte de bombe à retardement, qui projetait en explosant des milliers de fragments métalliques ; ou encore le dapoki, machine capable de tirer plusieurs flèches à la fois.

   La tactique navale utilisée surtout par les Japonais consistait à lancer des grappins et à  monter à l’abordage.  Pour mettre en œuvre  une telle tactique, ils devaient s’approcher au maximum des navires ennemis pour pouvoir monter à l’abordage et engager le combat au corps à corps sur les ponts des navires. Le concept japonais d’une bataille navale était  par conséquent celui d’un combat entre équipages plutôt qu’entre les bateaux eux-mêmes. C’était d’ailleurs la tactique la plus communément utilisée, à cette époque, dans les combats navals, de par le monde et en Europe également. La marine coréenne cependant, grâce à de meilleurs bateaux et à un armement supérieur, pouvait incendier et couler les bateaux ennemis à distance, et engageait ainsi des combats navals  d’un type plus moderne.

   Comparaison entre navires coréens et japonais

 

Bateaux coréens

Bateaux  japonais

coque

Forme en U, à fond plat

Rapide pour changer de direction

Rayon de braquage réduit.

Forme en V, plus rapides

Mais rayon de braquage beaucoup plus important.

équipage

Panokson : 120 à 150 hommes

Kobukson : 150 hommes.

Atake : 200 à 300 hommes

Sekibune : 100

Kobaya : 40

vitesse

3 nœuds nautiques

3 nœuds nautiques minimum

voile

Plusieurs mâts : voiles  utilisées par vent favorable ou vent contraire.

Voile carrée :

Usage limité au vent arrière.

Matériau

Pin et chêne

Cèdre du Japon et sapin.

Assemblage

Chevilles de bois : gonflent dans l’eau et renforcent la structure.

Clous métalliques qui rouillent dans l’eau et affaiblissent la structure.

Armement

principal

Artillerie lourde :

Portée : 500 mètres.

Flèches enflammées.

Mousquets : portée  200 m.

Lances, épées, flèches.

Méthode

d’attaque

Briser les coques avec l’éperon. Brûler et couler les navires

Lancer de grappins et abordage : blesser ou tuer les équipages ennemis

Yi Sun-sin : mémoire et influence sur la Corée d’aujourd’hui.

Quatre siècles après, l’amiral Yi Sun-sin qui sauva le pays  au bord de l’anéantissement, demeure encore, par la noblesse de son esprit, un sujet de respect et d’admiration. Suivent ici quelques extraits qui indiquent la façon dont la mémoire du grand amiral a été conservée parmi les citoyens, depuis sa mort valeureuse au cours de la bataille de Noryang.

1-  Le roi Son-jo, exprimant ses excuses et priant pour l’âme de Yi, adressa le discours funéraire suivant :

« Je vous ai abandonné et pourtant,

  Vous ne m’avez pas abandonné une seule fois.

      Les souffrances que vous avez endurées sur cette terre

   Et celles que vous avez emportées avec vous, dans l’autre monde,

      Comment pourrait-on les exprimer avec des mots ? »

Plus tard, en 1604, en la 37ème année du règne du roi In-jo, l’amiral Yi fut          élevé, à titre posthume, à la dignité de Vice- Premier Ministre. On lui décerna le  titre posthume de Chang Mu Gung (Maître de courage et de loyauté).

En 1793, en la 17ème année du règne de Jung-Jo, il fut élevé, à titre posthume, au rang de Premier Ministre.

De par l’ordonnance royale du roi Jung-Jo, une compilation des grands faits et gestes de Yi, pendant sa vie, fut entreprise en 1793. Elle avait pour titre :  Une collection complète sur le Chang Mu Gung Yi . Elle fut publiée en 14 volumes au terme de trois années de recherches.  Classée et protégée comme héritage culturel, cette collection  reste une source historique importante qui met en lumière tout ce que Yi a légué à la Corée.

2-   De nombreux sanctuaires et monuments dédiés à la mémoire de l’amiral Yi     ont été érigés, y compris le sanctuaire hyonchungsa à  Asan. Dans toute la partie sud de la Corée, où reste encore  la trace de ses pas, sur les sites de ses nombreux combats, à la station navale de Cholla,  dans ses terrains d’entraînement…le public continue de venir et de s’incliner avec respect.

Le premier bateau cuirassé du monde, le kobukson, fut restauré et reconstruit par la marine coréenne, en 1980, et exposé à l’Académie navale de la République de Corée, dans le sanctuaire de Hyeonchangsa à Asan, au Mémorial de la guerre et au musée national de Jinju.

L’innovation scientifique derrière le kobukson, est  le fondement spirituel et la force motrice qui entraîne l’industrie navale coréenne d’aujourd’hui. Plus de 30%  des navires du monde entier sont construits dans les chantiers navals de Corée, et sa technologie navale est renommée pour être la plus sophistiquée au monde.  En termes de volume de commandes, la Corée continue à devancer son plus proche compétiteur, le Japon, et cela depuis  de nombreuses années.

3-  l’amiral Yi est l’un des personnages les plus respectés de l’histoire de Corée et il n’y a pas moins de 200 livres écrits sur lui, dont 74 publiés en 2004 et 2005 seulement.  Le roman biographique La chanson du sabre, basé sur l’histoire de la vie de l’amiral Yi, fut un best-seller et a même été sélectionné

comme lecture recommandée par le Président de la République Roh Mu-hyun.

4-  Depuis le début du 21ème siècle, beaucoup de Coréens se passionnent pour apprendre l’esprit et les méthodes de Yi Sun-sin, pour leur développement personnel.  Son intégrité, sa loyauté, son dévouement,  ses stratégies pleines de finesse, sa pensée créatrice, la préparation soignée de ses projets, sa concentration sur la collecte d’informations à travers les contacts, tous ces aspects qui  remplissent les critères  exigés pour les leaders des temps modernes. Les domaines de l’économie et de la gestion sont précisément le terrain où l’étude et l’application des stratégies et de la direction de Yi se sont implantées. Le professeur Ji Yong-hee, auteur de l’ouvrage  Au temps de la guerre économique : une rencontre avec Yi Sun-sin, donne actuellement une série de conférences ayant pour titre : Yi Sun-sin et la gestion des affaires

Considérant Yi comme un modèle pour les hommes de premier plan pour le 21ème siècle, il prétend qu’il y a beaucoup de leçons à apprendre chez lui ; telles que : demeurer fidèle aux principes de base, instaurer la confiance entre les individus, tendre vers l’innovation, accorder de la valeur aux informations et ne pas tomber dans l’orgueil.

Yi Sun-sin, par dessus tout, était très strict envers lui-même, et il resta fidèle à ses principes jusqu’au bout, gagnant par là l’estime de ceux qui l’entouraient. On pourrait appeler cela, aujourd’hui : une conduite transparente des affaires.

« C’est parce qu’il basait toutes ses actions sur la morale que ses subordonnés lui ont fait totalement confiance. C’était avant tout un homme modeste, et parce qu’il était modeste, il était toujours prêt ».  prof. Ji Yong-hee.

5-  Même dans le domaine de la culture, Yi émerge comme un personnage emblématique pour le 21ème siècle.  Une série télévisée intitulée Yi Sun-sin, l’immortel, a été diffusée à partir de septembre 2004. L’émission  a atteint un audimat record de presque 30 %, et fut choisie parmi les émissions les plus populaires de l’année.  Le succès de l’émission, en Asie, a suscité un très grand intérêt aux Etats-Unis, et une version sous-titrée a été réalisée pour le public américain.

6-  L’amiral Yi Sun-sin est, avant tout le reste, un symbole de fierté et d’admiration pour la marine coréenne. La plupart des recherches ont porté, jusqu’à ce jour, sur ses tactiques et ses méthodes de commandement, à l’Académie navale de la République de Corée, à la Marine nationale, au Centre d’entraînement et d’instruction navales, et dans le Régiment de la marine de la République de Corée.

 



[1] Depuis la période Silla (52 avant J.-C. à 935), la Corée utilisait des navires à plusieurs mâts. Un document japonais atteste que les navires utilisés L’atake, bateau de la marine japonaise, possédait aussi deux mâts. Mais la plupart de ces navires étaient gréés  de voilures de forme carrée, et leurs voiles ne pouvaient donc être efficacement utilisées que par vent favorable. Dans le royaume Baekje, ainsi que les navires marchands de Chang Bo-go de Shilla avaient plusieurs mâts. Les performances accrues de tels bateaux furent bientôt connues, même en Chine, et un texte chinois ancien Défendre les mers : discussion ,  explique que le bateau coréen en forme de tortue peut lever la voile ou la baisser à volonté, et peut voguer avec facilité même par vent contraire ou à marée base.

 

[2] Le bois  utilisé traditionnellement en Corée, pour la construction des navires est essentiellement le bois de pin. Pour augmenter sa résistance, le chêne, et en particulier le chêne vert, fut  souvent utilisé. Le pin coréen était souvent courbé et avait des nœuds. Comme il était dangereux d’introduire un tel bois dans la charpente du navire, on l’utilisait  en planches très épaisses, ce qui renforçait la solidité. Les bateaux japonais étaient traditionnellement construits à partir de cèdre du Japon ou de sapin, bois plus légers et plus faciles à travailler que le bois de pin. Les  bateaux japonais étaient donc moins épais, d’une construction plus légère et travaillée avec précision. Mais, au point de vue de la résistance, le cèdre japonais et le sapin ont l’inconvénient d’être plus faibles que le pin. En fin de compte, ceci montre que les navires japonais étaient faits de matériaux plus fragiles, assemblés en couches plus légères, tandis que les navires coréens avaient des matériaux plus solides, assemblés de façon plus épaisse.


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