Batailles
navales de l’amiral Yi Sun-sin.
Pendant la Guerre de Sept ans, Yi
Sun-sin a mené vingt-trois batailles navales contre le Japon et a obtenu autant
de victoires. Les batailles, engagées par l’amiral Yi, peuvent être
schématisées dans le tableau
suivant :
|
|
Date
An/mois/jour
|
Lieu
|
Navires
coréens
|
Navires
japonais
|
Résultats
|
|
1
|
1592-5-7
|
Okpo
|
27
|
26
|
26 navires ennemis coulés
|
|
2
|
1592-5-7
|
Happo
|
27
|
5
|
5 navires ennemis coulés
|
|
3
|
1592-5-8
|
Chokjinpo
|
27
|
13
|
11 navires ennemis coulés
|
|
4
|
1592-5-29
|
Sachon
|
26
|
13
|
13 navires ennemis coulés
|
|
5
|
1592-6-2
|
Tangpo
|
27
|
21
|
21 navires ennemis coulés
|
|
6
|
1592-6-5
|
Tanghangpo
|
51
|
26
|
26 navires ennemis coulés
|
|
7
|
1592-6-7
|
Yulpo
|
51
|
7
|
7 navires ennemis coulés
|
|
8
|
1592-7-8
|
Hansan-do
|
56
|
73
|
47 navires ennemis coulés
12 navires ennemis capturés
|
|
9
|
1592-7-10
|
Angolpo
|
56
|
42
|
42 navires ennemis coulés
|
|
10
|
1592-8-29
|
Changrimpo
|
81
|
6
|
6 navires ennemis coulés
|
|
11
|
1592-9-1
|
Hwajungumi
|
81
|
5
|
5 navires ennemis coulés
|
|
12
|
1592-9-1
|
Tadaepo
|
81
|
8
|
8 navires ennemis coulés
|
|
13
|
1592-9-1
|
Sopyongpo
|
81
|
9
|
9 navires ennemis coulés
|
|
14
|
1592-9-1
|
Cholyong-do
|
81
|
2
|
2 navires ennemis coulés
|
|
15
|
1592-9-1
|
Choryangmok
|
81
|
4
|
4 navires ennemis coulés
|
|
16
|
1592-9-1
|
Pusanpo
|
81
|
470
|
128 navires ennemis coulés
|
|
17
|
1594-3-4
|
Jinhae
|
30
|
10
|
10 navires ennemis coulés
|
|
18
|
1594-3-5
|
Tanghangpo
|
124
|
50
|
21 navires ennemis coulés
|
|
19
|
1594-9-29
|
Changmunpo
|
50
|
117
|
2 navires ennemis coulés
|
|
20
|
1997-9-16
|
Myongnyang
|
13
|
330
|
31 navires ennemis coulés
90 navires très endommagés
|
|
21
|
1598-7-18
|
Choli-do
|
?
|
100
|
50 navires ennemis coulés
|
|
22
|
1598-9-20
|
Chang-do
|
211
Corée: 83
Chine: 128
|
?
|
30 navires ennemis coulés
11 navires ennemis capturés
|
|
23
|
1598-11-18
|
Noryang
|
146
Corée :83
Chine :63
|
500
|
450 navires ennemis coulés
|
Toutes les dates sont basées sur le calendrier
lunaire qui avait cours, en Corée,
jusqu’à la fin du 19ème siècle.
En plus de ces 23 batailles sur
mer, il y eut plusieurs engagements de moindre importance, dont un assaut par
la marine coréenne d’une base navale japonaise et la défense victorieuse de son
propre camp contre les forces japonaises.
Cinq de ces engagements sont
rapportés dans le journal de guerre et
Comptes-rendus à la Cour :
|
|
Date
An/mois/ jour
|
lieu
|
Navires
coréens
|
Navires
japonais
|
Résultats
|
|
1*
|
1593-2-10
~1593-3-6
|
Woongchon
|
89
|
40
|
Japon :
100 morts
2 navires
coréens
chavirés
|
|
2
|
1594-10-4
|
Changmunpo
|
50
|
?
|
Retraite
japonaise
|
|
3
|
1597-8-28
|
Eoranjin
|
12
|
8
|
Retraite
japonaise
|
|
4
|
1597-9-7
|
Byukpajin
|
12
|
13
|
Retraite
japonaise
|
|
5
|
1598-11-13
|
Chang-do
|
83
Chine 63
|
10
|
Retraite
japonaise
|
Won Kyun fut promu au rang de
commandant en chef de la marine, à la place de l’amiral yi, rétrogradé comme
simple soldat. Il engagea trois bataille navales qui se terminèrent, pour la
flotte coréenne, par autant de sombres défaites.
|
|
Jour / mois/ année
|
lieu
|
Navires coréens
|
Navires japonais
|
Résultats
|
|
|
|
|
|
|
|
|
1
|
07/07/1597
|
Cholyong-do
|
168
|
500
|
7 navires coréens
coulés et capturés
|
|
2
|
09/07/1597
|
Kadok
|
161
|
1000
|
27 navires coréens
coulés et capturés
|
|
3
|
16/07/1597
|
Chilchonnyang
|
134
|
1000
|
122 navires coréens coulés et
capturés
|
* Le nombre de navires
engagés et l’issue de chaque combat naval qui figurent sur ce tableau,
proviennent des écrits de l’amiral Yi : le Journal de guerre, et Comptes-rendus
à la cour, ainsi que des Archives
royales de la dynastie Chosun, écrit
officiel du gouvernement.
* Pendant la Guerre de Sept ans,
la marine coréenne a subi des pertes dues aux tirs de mousquets, mais n’a pas
perdu de navires. Elle perdit seulement deux navires, par la faute de leurs
capitaines, alors qu’ils retournaient à leur base, après l’engagement à
Woongchon. Des victoires aussi écrasantes de la marine coréenne peuvent être attribuées d’abord à
l’excellente structure de ses vaisseaux construits selon des plans et avec des
matériaux conçus pour durer, mais également
à son artillerie navale d’une puissance de feu et d’une portée
supérieure. Les Japonais n’armaient leurs navires que de un à trois canons,
d’une puissance de feu bien inférieure, et leur armement principal, les
mousquets, étaient efficace pour tuer les hommes d’équipage, mais non pas pour
détruire les bateaux.
Yi adopta donc la
stratégie de couler les navires en concentrant sur eux un feu nourri de boulets
de canon, avant que la distance séparant sa flotte de celle de l’ennemi ne soit
inférieure à 200 mètres, portée des mousquets japonais. Grâce à cette tactique
de l’amiral Yi, basée sur la supériorité
des bateaux et de la puissance de leur artillerie, la marine coréenne put se
prévaloir de succès jamais égalés dans l’histoire des combats navals.
* Parmi les vingt-trois
batailles que l’amiral Yi a menées, la plus grande et la plus féroce fut celle
de Noryang, engagement final qui lança les cent quarante-six bateaux des
flottes coréennes et chinoise contre les cinq cents navires japonais qui
transportaient l’armée entière dans sa retraite vers le Japon.
Embarquant tout ce qu’il avait en vivres et
en armement, Yi mit le cap sur Noriang pour accomplir son dernier devoir envers
sa patrie et son peuple. Il ôta son armure et son casque et se lança au plein cœur de la bataille,
tirant des flèches et roulant lui-même
le tambour. Jamais auparavant, il n’avait, dans le feu de l’action,
retiré son armure et son casque. Etait-ce là, peut-être, la décision de mettre
un terme à une vie difficile et ardue, avec cette dernière victoire en
mer ?
Lorsqu’il mourut, frappé
par une balle ennemie, ni son équipage ni les navires chinois ne se rendirent
compte de sa mort. Ils étaient tout entiers, corps et âmes à la bataille
jusqu’à son terme. Ils purent constater la victoire écrasante qui avait coulé
450 navires sur les 500 que comptait la flotte japonaise.
Ce fut la victoire la plus
précieuse et la plus honorable pour la marine coréenne, gagnée au prix du
sacrifice de la vie de leur amiral.
En rendant son dernier
soupir, il dit : « Ne parlez à personne de ma mort ». Car il
craignait que la nouvelle de sa mort ne fut dommageable à l’issue du combat.
Commandement naval de l’amiral Yi Sun-sin
Suivent quelques
traits caractéristiques du haut commandement de la marine par l’amiral
Yi et qui furent à l’arrière plan de
toutes les victoires légendaires dont il fut l’auteur.
1- Préparation minutieuse et
entraînement intensif
Avant la guerre, et tout au long
de celle-ci, et même pendant les trêves, l’amiral Yi soumettait toujours ses troupes à un
entraînement intensif : tir à l’arc, tir d’artillerie, manœuvres navales ordinaires et formations de
combat. Il s’attacha aussi sans relâche à la fabrication de nouvelles armes et
à la construction de navires. Une année à peine après la bataille de Myongnyang
qu’il engagea avec 13 navires seulement, il avait réussi à en construire 70 de
plus : un rythme étonnant d’un nouveau
bateau tous les cinq jours.
2- Etude attentive de la nature du champ de bataille et de sa
disposition.
La côte sud de la Corée, théâtre de tant de féroces combats navals entre
Coréens et Japonais, au cours de la Guerre de sept ans, est un véritable
labyrinthe maritime, composé d’innombrables îles et îlots. D’autre part, les
courants sont rapides et les plages qui
s’avancent loin dans la mer, offrent à chaque marée descendante et montante une
apparence totalement différente. Yi étudia avec beaucoup de minutie, ces
changements de courants, heure après heure, les vents et également la
configuration de chaque champ potentiel de bataille. Grâce à ses recherches, il
pouvait ainsi se fier à des routes sûres, chaque fois qu’il devait déplacer sa
flotte de nuit pour échapper à la
vigilance de ses ennemis.
Comme le montrent à l’évidence les
batailles engagées à Hansan et à Myongnyang, sa connaissance préalable du
terrain lui permit de retourner à son avantage
la configuration complexe de la côte, lorsqu’il poursuivait l’ennemi ou
qu’il était lui-même pris en chasse.
3-
La mise en
œuvre de tactiques navales variées.
L’amiral Yi a eu recours à une
large variété de tactiques navales, au cours de ses combats sur mer, mis à part
la fameuse formation en aile de grue. Dans sa première bataille, à Okpo, il
disposa sa flotte de front, en ligne horizontale, et s’avança droit sur
l’ennemi, à pleine vitesse, ne lui laissant aucun espace pour manœuvrer ou s’échapper et le pressant sous le feu des
canons.
Dans la bataille sur mer,
près de Pusan, c’est la formation en long serpent (Chang-Sa-jin, en
coréen) qui fut choisie, de façon à remédier à l’énorme infériorité de la
flotte coréenne : 83 navires coréens face à 480 navires japonais. Yi adopta cette formation longue et étroite
de façon à exposer le moins possible ses navires au feu de l’ennemi. La flotte
coréenne sortit victorieuse de cette bataille, coulant 125 navires ennemis sans
en perdre un seul. A la bataille de
Happo, la flotte de l’amiral Yi accula la flotte japonaise près d’un port
encaissé, et put ainsi détruire la totalité des navires ennemis. Dans cet
engagement, Yi n’eut pas besoin d’utiliser une formation spéciale, mais donna
l’ordre à ses navires de fondre individuellement sur chaque navire ennemi,
comme ils l’entendaient
4- Démoraliser l’ennemi et
gagner la confiance de ses hommes.
Lors des combats sur mer,
la marine de Yi Sun-sin soumettait l’ennemi à un
bombardement de flèches et
de boulets de canons , tout en se tenant eux-mêmes hors d’atteinte .
Cette tactique se montra
particulièrement efficace en enlevant à
l’ennemi son esprit combatif et en permettant de prendre ainsi avantage sur
lui. En contraste, les marins coréens se montraient d’une confiance absolue
envers leur amiral, et leur moral s’affermissait d’autant qu’il les conduisait
de victoire en victoire.
5- Maintenir une parfaite
discipline et des principes stricts.
Les officiers négligents étaient
punis à coups de gourdins, sans distinction de grande. Les soldats déserteurs
étaient condamnés à mort, comme l’étaient aussi les officiers qui se laissaient
corrompre et fermaient les yeux sur les désertions ainsi que les hommes
coupables d’une faute et qui récidivaient.
Lors de la bataille de Myongnyang,
Yi réprouva avec colère le capitaine An Wi, qui se tenait en retrait sous
l’effet de la peur. L’amiral Yi menaça de le faire condamner à mort par la loi
martiale s’il n’obéissait pas à ses ordres d’aller de l’avant. Grâce à ces
paroles, An Wi retrouva son esprit combatif.
L’insistance de l’amiral Yi sur la
stricte obéissance à la loi martiale, ainsi que sur le maintient d’une
discipline sans faille eut pour effet que toute la marine coréenne, depuis le
commandant en chef jusqu’au simple soldat, restait unie et pouvait dès lors mener à bien les formations de combat et les tactiques qui
réclamaient, pour réussir, une grande
cohésion de la part de tous les membres de l’équipage.
6- Camaraderie et devoir
L’amiral de la flotte chinoise,
Chen Lien, avait essayé de s’opposer au plan de Yi de détruire la flotte
japonaise qui faisait retraite. Malgré cela, l’amiral Yi se porta à son
secours, lorsque Chen fut encerclé et
qu’il se trouvait en danger d’être capturé par les navires ennemis à Noryang .
De même, An Wi faillit à son devoir de loyauté envers son commandant en chef,
lorsqu’il reculait à la vue des innombrables bateaux ennemis. Plus tard,
cependant, il fut sauvé par l’amiral alors qu’il se trouvait en difficulté.
Yi resta toujours fidèle à
ses principes et n’aurait jamais toléré aucune injustice ni action irresponsable envers ses
hommes. Mais en même temps, il faisait
montre d’un profond sentiment de camaraderie et d’obligation à leur égard.
C’est ainsi qu’il gagna leur confiance, leur respect et leur
parfait dévouement à son
service.
7- Un leadership qui
triomphe des pires conditions
Pendant la Guerre de Sept ans,
l’amiral Yi s’occupa seul de
l’organisation de cette guerre sous ses multiples aspects , depuis le
ravitaillement, l’intendance, jusqu’au recrutement ou la construction de navires.
Et cela sans recevoir aucune aide du gouvernement. Au
cours des combats, alors qu’il se trouvait dans des situations
critiques, il se tenait aux avant-postes de la flotte, afin d’insuffler à ses
hommes sa vaillance et son ardeur. Dans
la situation désespérée qui précéda la
bataille de Myongnyang, alors que la flotte coréenne n’était composée que de
treize bateaux pour engager le combat, Yi réussit à galvaniser le courage de ses troupes par
cette intrépide maxime : « Celui qui s’exposera à la mort, vivra,
mais celui qui cherchera à sauver sa vie, la perdra ».
Derrière chacun de ces
principes ou méthodes de commandement,
se laissent deviner l’inébranlable loyauté de l’amiral Yi et son entier
dévouement à sa patrie et à son peuple. Et dans son effort pour rester auprès
de ses hommes, Yi eut à surmonter des épreuves et des souffrances constantes.
Il demeura pourtant loyal à son pays, même après avoir été mis en prison,
torturé et ignoblement rétrogradé au rang de simple soldat. C’est qu’il était profondément
persuadé que rester en mer et continuer
son combat contre l’ennemi, demeurait la seule chose qu’il pouvait accomplir
pour son pays. Ce remarquable dévouement
patriotique a pu être regardé comme la plus puissante et la plus importante des
stratégies de l’amiral Yi Sun-sin.
Les bateaux de guerre et l’armement de la Corée et du
Japon
Pendant la Guerre de Sept ans, la marine coréenne utilisa
simultanément, comme navire de guerre, le panokson et le kobukson. La marine coréenne, pour l’essentiel, était
composée de panoksons, tandis que trois ou quatre kobukson
servaient de bateau d’assaut. La flotte
japonaise, elle, utilisait surtout l’ atake,
bateau de grande taille, le sekibune, de taille moyenne, et le kabaya de plus petite taille. L’atake
servait de vaisseau amiral, transportant à son bord les amiraux, tandis que le
sekibune, de taille moyenne, formait l’essentiel du reste de la flotte.
Une des caractéristiques majeures du panokson
consistait en ses multiples ponts. Le personnel non combattant se tenait entre
le pont principal et le pont supérieur, à l’abri des tirs de l’ennemi. Le personnel combattant se tenait sur le pont
supérieur, ce qui lui permettait d’attaquer l’ennemi à partir d’une position plus élevée. La flotte japonaise était
surtout composée de navires à pont unique, à l’exception du bateau de grande
taille, l’atake. Le panokson, selon la structure traditionnelle des
bateaux coréens, avait un fond plat. Cette caractéristique était commandée par
la nature même des côtes coréennes soumises à des marées importantes et dont
les plages s’étalent loin vers le large. Une coque plate et unie permettait au
bateau de se poser confortablement sur la plage, à marée basse, après avoir
accosté à marée haute. Cela donnait aussi au navire, une plus grande mobilité
et un tirant d’eau moins important qui pouvait lui permettre éventuellement un
changement radical de direction en un temps de réaction très court.
Le panokson qui permit à Yi Sun-sin
d’adopter la formation en aile de grue, à la bataille de hansan, fut une
des causes majeures des victoires de l’amiral Yi.
Par contraste, les coques des navires japonais avaient la
forme d’un V. Une telle coque, à base étroite, favorise la rapidité sur de
longs parcours, car elle offre une moindre résistance à l’eau. Mais elle a
aussi un grand inconvénient : la distance à parcourir pour virer de
bord est beaucoup plus grande :
changer de direction prenait donc beaucoup de temps.
Les bateaux coréens comme les bateaux japonais utilisaient
des voiles et des rames. Parmi les deux
types de voiles utilisées, la voile carrée et la voile latine, la voile carrée
offre de bonnes performances en vent arrière, mais elle est médiocre contre le
vent. La voile latine et aurique, au contraire, est excellente même contre le
vent, bien qu’elle réclame davantage d’hommes à la manœuvre.
En Occident, les galères de la Grèce antique utilisaient
la voile carrée, ainsi que les longs bateaux des Vikings. Les voiles
triangulaires auriques furent utilisées plus tardivement en Méditerranée, vers
la fin du Moyen-Age. Lorsque l’ère des grandes explorations commença, au XVe
siècle, apparurent des navires à plusieurs mâts, équipés des deux types de voiles. De tels
navires étaient déjà en usage en Corée, dès le 8ème siècle. Les bateaux de type panokson et kobukson avaient deux mâts, par défaut, et
leur emplacement ainsi que leur angle pouvaient facilement être modifiés de
façon à ce que les voiles puissent être utilisées par n’importe quel vent,
favorable ou contraire.
Il est également
intéressant de comparer les coques respectives des bateaux des deux pays et
leur relative solidité. Le panokson avait une coque épaisse, faite d’un
bois de forte densité qui donnait à la structure du navire une grande solidité.
Les navires japonais étaient plus fragiles, du fait d’une densité plus faible
du type de bois utilisé pour leur construction.
Le sekibune, en particulier, qui était le bateau le plus commun de la
flotte japonaise, était construit pour être le plus léger possible, misant sur
une vitesse plus grande plutôt que sur la solidité de la structure.
Le panokson était construit en poutres et en
planches plus épaisses et l’ensemble de la structure était assemblé à l’aide de
chevilles de bois, d’encoches qui s’emboîtaient. Cela avait pour effet
d’accroître la solidité de l’ensemble, car les chevilles de bois gonflent en
absorbant l’eau. Les bateaux japonais, eux, utilisaient des clous métalliques
qui rouillent au contact de l’eau et compromettent, avec le temps, la cohésion
de l’ensemble.
De la solidité de la structure dépendait le nombre de
canons qui pouvaient être installés à
bord. En conséquence, chaque type de navire était adapté à différents genres de
combat. Les navires japonais, de structure plus faible, ne pouvaient pas
embarquer de canons à fort recul. Même le plus grand d’entre eux, l’atake,
pouvait tout au plus embarquer trois canons. Les bateaux coréens, au contraire,
à la coque solidement charpentée, pouvaient transporter un grand nombre de
canons à longue portée. On pouvait les installer facilement sur le large pont
supérieur des bateaux de type panokson, et leur angle de tir, modifiable
à volonté, augmentait encore leur efficacité.
Comme les bateaux japonais ne pouvaient transporter qu’un
nombre limité de canons, leurs équipages utilisaient surtout des mousquets dont
la portée
variait entre cent et deux cents mètres. Les Coréens, pour leur part,
emportaient à bord plusieurs sortes de canons, tels que Ciel,
Terre, Jaune. Ils tiraient des daejons, (sorte de
longues flèches épaisses, de la forme d’une fusée, et d’une portée de 500
mètres). Ils tiraient des chulwhans, coups de canon qui pouvaient
parcourir la distance d’un kilomètre. Le
wangu, sorte de mortier qui projetait des pierres ou des obus d’un calibre de
20 centimètres, était aussi utilisé par la marine coréenne.
Un autre aspect intéressant à noter à propos de
l’artillerie lourde coréenne, c’est qu’elle n’avait pas été inventée pour faire
face à des situations de guerre. Ces armes avaient en effet vu le jour une
vingtaine d’années avant la Guerre de Sept ans. Grâce aux efforts du général
Choi Mu-son, qui a avait introduit la poudre venue de Chine, la Corée avait commencé à fabriquer cette
poudre et à développer les armes qui l’utilisent.
Les canons coréens furent
utilisés, en 1380, contre une grande flotte de bateaux pirates japonais, et se
montrèrent d’une grande efficacité. A titre de comparaison, la première
bataille navale, en Europe, ayant eu recours aux canons, fut la bataille de
Lépante (1571), quelque deux cents ans plus tard.
Au 15ème siècle, sous le règne du roi Sejong,, lui même un pionnier en matière de
recherches scientifiques, les performances de l’artillerie lourde augmentèrent
considérablement. Le roi fit installer une rangée de canons, près du palais
royal, et au terme de longues mises au point et d’essais, il permit d’accroître
la portée des canons de 300 mètres à 1.800 mètres. Les canons pour la marine
furent ainsi mis au point à cette époque. Les canons nommés Ciel, Terre,
Noir et Jaune furent plus tard utilisés par Yi Sun-sin. Après le roi Sejong, le développement de
l’artillerie se poursuivit avec constance, et on put voir l’invention du bikeokjinchonlae
, sorte de bombe à retardement, qui projetait en explosant des milliers de
fragments métalliques ; ou encore le dapoki, machine capable de
tirer plusieurs flèches à la fois.
La tactique navale utilisée surtout par les Japonais
consistait à lancer des grappins et à
monter à l’abordage. Pour mettre
en œuvre une telle tactique, ils
devaient s’approcher au maximum des navires ennemis pour pouvoir monter à
l’abordage et engager le combat au corps à corps sur les ponts des navires. Le
concept japonais d’une bataille navale était
par conséquent celui d’un combat entre équipages plutôt qu’entre les
bateaux eux-mêmes. C’était d’ailleurs la tactique la plus communément utilisée,
à cette époque, dans les combats navals, de par le monde et en Europe
également. La marine coréenne cependant, grâce à de meilleurs bateaux et à un
armement supérieur, pouvait incendier et couler les bateaux ennemis à distance,
et engageait ainsi des combats navals
d’un type plus moderne.
Comparaison
entre navires coréens et japonais
|
|
Bateaux coréens
|
Bateaux japonais
|
|
coque
|
Forme en U, à fond plat
Rapide pour changer de direction
Rayon de braquage réduit.
|
Forme en V, plus rapides
Mais rayon de braquage beaucoup plus important.
|
|
équipage
|
Panokson : 120 à 150 hommes
Kobukson : 150 hommes.
|
Atake : 200 à 300 hommes
Sekibune : 100
Kobaya : 40
|
|
vitesse
|
3 nœuds nautiques
|
3 nœuds nautiques minimum
|
|
voile
|
Plusieurs mâts : voiles utilisées par vent favorable ou vent
contraire.
|
Voile carrée :
Usage limité au vent arrière.
|
|
Matériau
|
Pin et chêne
|
Cèdre du Japon et sapin.
|
|
Assemblage
|
Chevilles de bois : gonflent dans l’eau et
renforcent la structure.
|
Clous métalliques qui rouillent dans l’eau et
affaiblissent la structure.
|
|
Armement
principal
|
Artillerie lourde :
Portée : 500 mètres.
Flèches enflammées.
|
Mousquets : portée 200 m.
Lances, épées, flèches.
|
|
Méthode
d’attaque
|
Briser les coques avec l’éperon. Brûler et couler les
navires
|
Lancer de grappins et abordage : blesser ou tuer
les équipages ennemis
|
Yi Sun-sin : mémoire et influence sur la Corée
d’aujourd’hui.
Quatre siècles après, l’amiral Yi
Sun-sin qui sauva le pays au bord de
l’anéantissement, demeure encore, par la noblesse de son esprit, un sujet de
respect et d’admiration. Suivent ici quelques extraits qui
indiquent la façon dont la mémoire du grand amiral a été conservée parmi les
citoyens, depuis sa mort valeureuse au cours de la bataille de Noryang.
1- Le roi Son-jo, exprimant ses excuses et
priant pour l’âme de Yi, adressa le discours funéraire suivant :
« Je vous ai abandonné et pourtant,
Vous ne m’avez pas
abandonné une seule fois.
Les
souffrances que vous avez endurées sur cette terre
Et celles que
vous avez emportées avec vous, dans l’autre monde,
Comment
pourrait-on les exprimer avec des mots ? »
Plus tard, en 1604, en la
37ème année du règne du roi In-jo, l’amiral Yi fut élevé, à titre posthume, à la dignité
de Vice- Premier Ministre. On lui décerna le
titre posthume de Chang Mu Gung (Maître de courage et de loyauté).
En 1793, en la 17ème
année du règne de Jung-Jo, il fut élevé, à titre posthume, au rang de Premier
Ministre.
De par l’ordonnance royale
du roi Jung-Jo, une compilation des grands faits et gestes de Yi, pendant sa
vie, fut entreprise en 1793. Elle avait pour titre : Une collection complète sur le Chang Mu
Gung Yi . Elle fut publiée en 14 volumes au terme de trois années de
recherches. Classée et protégée comme
héritage culturel, cette collection
reste une source historique importante qui met en lumière tout ce que Yi
a légué à la Corée.
2- De nombreux sanctuaires et monuments dédiés
à la mémoire de l’amiral Yi ont été
érigés, y compris le sanctuaire hyonchungsa à Asan. Dans toute la partie sud de la Corée,
où reste encore la trace de ses pas, sur
les sites de ses nombreux combats, à la station navale de Cholla, dans ses terrains d’entraînement…le public
continue de venir et de s’incliner avec respect.
Le premier bateau cuirassé
du monde, le kobukson, fut restauré et reconstruit par la marine coréenne, en
1980, et exposé à l’Académie navale de la République de Corée, dans le sanctuaire
de Hyeonchangsa à Asan, au Mémorial de la guerre et au musée national de Jinju.
L’innovation scientifique
derrière le kobukson, est le fondement
spirituel et la force motrice qui entraîne l’industrie navale coréenne
d’aujourd’hui. Plus de 30% des navires
du monde entier sont construits dans les chantiers navals de Corée, et sa
technologie navale est renommée pour être la plus sophistiquée au monde. En termes de volume de commandes, la Corée
continue à devancer son plus proche compétiteur, le Japon, et cela depuis de nombreuses années.
3- l’amiral Yi est l’un des personnages les plus
respectés de l’histoire de Corée et il n’y a pas moins de 200 livres écrits sur
lui, dont 74 publiés en 2004 et 2005 seulement.
Le roman biographique La chanson du sabre, basé sur l’histoire de
la vie de l’amiral Yi, fut un best-seller et a même été sélectionné
comme lecture recommandée
par le Président de la République Roh Mu-hyun.
4- Depuis le début du 21ème siècle, beaucoup de
Coréens se passionnent pour apprendre l’esprit et les méthodes de Yi Sun-sin,
pour leur développement personnel. Son
intégrité, sa loyauté, son dévouement,
ses stratégies pleines de finesse, sa pensée créatrice, la préparation
soignée de ses projets, sa concentration sur la collecte d’informations à
travers les contacts, tous ces aspects qui
remplissent les critères exigés
pour les leaders des temps modernes. Les domaines de l’économie et de la
gestion sont précisément le terrain où l’étude et l’application des stratégies
et de la direction de Yi se sont implantées. Le professeur Ji Yong-hee, auteur
de l’ouvrage Au temps de la
guerre économique : une rencontre avec Yi Sun-sin, donne actuellement
une série de conférences ayant pour titre : Yi Sun-sin et la gestion
des affaires
Considérant Yi comme un
modèle pour les hommes de premier plan pour le 21ème siècle, il
prétend qu’il y a beaucoup de leçons à apprendre chez lui ; telles
que : demeurer fidèle aux principes de base, instaurer la confiance entre
les individus, tendre vers l’innovation, accorder de la valeur aux informations
et ne pas tomber dans l’orgueil.
Yi Sun-sin, par dessus
tout, était très strict envers lui-même, et il resta fidèle à ses principes
jusqu’au bout, gagnant par là l’estime de ceux qui l’entouraient. On pourrait
appeler cela, aujourd’hui : une conduite transparente des affaires.
« C’est parce qu’il
basait toutes ses actions sur la morale que ses subordonnés lui ont fait
totalement confiance. C’était avant tout un homme modeste, et parce qu’il était
modeste, il était toujours prêt ».
prof. Ji Yong-hee.
5- Même dans le domaine de la culture, Yi émerge comme un
personnage emblématique pour le 21ème siècle. Une série télévisée intitulée Yi Sun-sin,
l’immortel, a été diffusée à partir de septembre 2004. L’émission a atteint un audimat record de presque 30 %,
et fut choisie parmi les émissions les plus populaires de l’année. Le succès de l’émission, en Asie, a suscité
un très grand intérêt aux Etats-Unis, et une version sous-titrée a été réalisée
pour le public américain.
6- L’amiral Yi Sun-sin est, avant tout le reste, un symbole
de fierté et d’admiration pour la marine coréenne. La plupart des recherches
ont porté, jusqu’à ce jour, sur ses tactiques et ses méthodes de commandement,
à l’Académie navale de la République de Corée, à la Marine nationale, au Centre
d’entraînement et d’instruction navales, et dans le Régiment de la marine de la
République de Corée.
Depuis la période Silla (52
avant J.-C. à 935), la Corée utilisait des navires à plusieurs mâts. Un
document japonais atteste que les navires utilisés L’atake, bateau de la
marine japonaise, possédait aussi deux mâts. Mais la plupart de ces navires
étaient gréés de voilures de forme
carrée, et leurs voiles ne pouvaient donc être efficacement utilisées que par
vent favorable. Dans le royaume Baekje, ainsi que les navires marchands de
Chang Bo-go de Shilla avaient plusieurs mâts. Les performances accrues de tels
bateaux furent bientôt connues, même en Chine, et un texte chinois ancien Défendre
les mers : discussion , explique que le bateau coréen en forme de
tortue peut lever la voile ou la baisser à volonté, et peut voguer avec
facilité même par vent contraire ou à marée base.
Le bois utilisé traditionnellement en Corée, pour la
construction des navires est essentiellement le bois de pin. Pour augmenter sa
résistance, le chêne, et en particulier le chêne vert, fut souvent utilisé. Le pin coréen était souvent
courbé et avait des nœuds. Comme il était dangereux d’introduire un tel bois
dans la charpente du navire, on l’utilisait
en planches très épaisses, ce qui renforçait la solidité. Les bateaux
japonais étaient traditionnellement construits à partir de cèdre du Japon ou de
sapin, bois plus légers et plus faciles à travailler que le bois de pin.
Les bateaux japonais étaient donc moins
épais, d’une construction plus légère et travaillée avec précision. Mais, au
point de vue de la résistance, le cèdre japonais et le sapin ont l’inconvénient
d’être plus faibles que le pin. En fin de compte, ceci montre que les navires
japonais étaient faits de matériaux plus fragiles, assemblés en couches plus
légères, tandis que les navires coréens avaient des matériaux plus solides,
assemblés de façon plus épaisse.
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